Face à une crise sans précédent, les entreprises du recyclage font le choix de se réinventer. Un repositionnement qui peut s’avérer payant, du fait d’un contexte législatif positif.

(Cette tribune est parue pour la première fois sur le Cercle les Echos et peut être retrouvée dans son intégralité ici)

Les cours des matières premières n’ont cessé de chuter depuis l’été 2015, causant des perturbations sur le marché du recyclage. Les prix de nombreuses matières fossiles sont tombés en-dessous de ceux de leurs équivalents issus du recyclage, les matières premières secondaires.

Les recycleurs français, sous la coupole de Federec, n’ont d’ailleurs pas manqué de dénoncer à plusieurs reprises une situation de dumping et de concurrence déloyale menée par les compagnies minières et pétrolières.  Alors qu’elles extraient des matières fossiles à des coûts hautement compétitifs, les recycleurs font face quant à eux à des coûts de production fixes. Leurs marges se contractent aussitôt que l’industrie minière et pétrolière nivelle par le bas les prix des matières premières vierges.

A partir de juin 2015, la filière des ferrailles, pourtant l’une des plus lucratives, a subi de graves pertes de marges brutes.  Le fer avait perdu 55% de sa valeur en août 2015. Hugues Moutouh, le directeur général délégué du groupe Guy Dauphin Environnement et l’un des leaders du secteur, chiffre « entre 15 et 20 euros par tonne la perte de marge brute pour les entreprises du recyclage ». Suite cette spectaculaire chute de cours, le recycleur belge Galloo a entamé en octobre 2015 des négociations avec Derichebourg pour lui céder six chantiers de collecte et de préparation de déchets métalliques en Île-de-France et en Eure-et-Loire.

Vers un repositionnement des activités

Par ce choix de réduction de voilure sur les marchés plus classiques et concurrentiels, Galloo pourrait alors se recentrer sur des marchés de niche, tel le recyclage des plastiques. Sa filiale Galloo Plastics réalisait déjà 75% du chiffre d’affaires du groupe à l’export en 2013.

Le virage stratégique engagé par Galloo ne se trouve cependant pas être un cas isolé de repositionnement. Deux ans après sa tentative ratée de reprendre la Saur, le groupe Séché Environnement avait présenté des résultats annuels positifs l’été dernier suite à un repositionnement sur ses deux cœurs d’activité historiques : les déchets dangereux et les déchets non dangereux. Se recentrer sur ses métiers de base a permis au groupe d’investir sur de nouveaux segments, comme par exemple le marché des DASRI (déchets d’activités de soins à risques infectieux).

Davantage d’opportunités que de menaces

La crise des matières premières larvée en Chine, la crise de la collecte et la complexification des gisements laissent la porte ouverte à un regain de terrain possible à l’économie linéaire. Cela pousse toutefois les entreprises du recyclage à se réinventer.

L’innovation reste la clé de voûte qui permettra aux recycleurs de sortir gagnants de la tempête que leur secteur traverse. Ils ont désormais pris conscience de l’importance d’investir dans la R&D pour lever certains verrous technologiques. Cela génère toutefois des coûts que même les acteurs majeurs du marché ne peuvent pas toujours supporter. C’est pourquoi la plupart s’intéressent de près à certaines start-ups à haut potentiel d’innovation.  Face au risque d’investir dans la R&D dans un contexte financier difficile, les grands groupes préfèrent alors acquérir ces start-ups plutôt que d’investir dans l’innovation en interne. Suite à un partenariat avec la start-up française Camille, Suez Environnement avait par exemple dévoilé une solution pour séparer la fibre carbone des avions, lors du dernier salon du Bourget.

La stratégie de « croissance externe » est ainsi devenue un choix privilégié par les recycleurs depuis plusieurs années. En suivant cette tendance, le marché français du recyclage s’est rapidement consolidé, passant de 4100 entreprises en 1999 à 1500 aujourd’hui. Les groupes français ont en outre compris qu’il fallait tirer profit du savoir-faire innovant au-delà des frontières hexagonales, à l’instar de l’acquisition par Veolia de la société néerlandaise AKG Kunststof Groep spécialisée dans la valorisation des plastiques.

Une posture législative favorable

Malgré des difficultés économiques, l’industrie du recyclage peut compter sur un discours politique volontariste. Les différents textes de loi en matière d’économie circulaire ont d’ailleurs permis de démontrer que les activités des recycleurs soutiennent l’environnement et participent au façonnement d’un nouveau modèle de société. Les déchets ne sont dès lors plus considérés comme le produit nauséabond d’une économie linéaire, mais bien comme des ressources à réinjecter dans l’économie réelle.

La loi transition énergétique et la loi NOTRe offrent désormais un cadre législatif favorable aux acteurs du recyclage. Au niveau supranational, les pouvoirs publics européens se sont également emparés du sujet. La Commission européenne a ainsi rendu public son nouveau paquet économie circulaire en décembre, mettant notamment l’accent sur l’écoconception et le réemploi.

La gestion des déchets s’est fortement politisée au cours des dernières années au point de devenir un secteur de premier plan. L’économie circulaire se tient néanmoins encore à ses prémisses. Les filières REP n’intègrent pas encore l’intégralité des produits, les coûts réglementaires explosent et la fiscalité sur les déchets reste encore contraignante.